La mosquée plusieurs fois centenaire de Ganhoué dans le pays Mahou

L’histoire du peuple Mahou est inséparable de celle du Mandé, province du célèbre empire du Mali au Moyen Age. Ce vaste empire Malinké de la boucle du Niger a connu ses moments de gloire sous Soundjata Keita. 

 À la suite de graves troubles liés à des conflits internes et externes, l’empire tergiversa d’abord, avant de disparaître définitivement au XVII e siècle. Entre-temps, certaines de ses populations migraient vers les zones moins tumultueuses du Sud. C’est dans ce contexte que s’est effectuée l’occupation du Nord-Ouest de la Côte d’Ivoire actuelle, occupation faite sur deux temps et à travers deux axes principaux.
L’absence de documents écrits est un handicap majeur pour la reconstitution de l’installation des Mahou. En plus, les traditions orales sont diverses, rendant la tâche peu aisée pour l’historien. Cependant, une thèse fait des Bakayoko l’une des premières familles à s’être s’installée.

Installation du chef religieux Bakayoko N’fa Moussa


Une fois investi des fonctions de jurisconsulte par l’Askia Mohammed vers 1498 à Djenné, Fodiya Mohammed Fodiki Sanou, ancêtre des Bagayogo, commençait ainsi une œuvre qui allait faire de ses descendants un peuple missionnaire à travers l’Afrique de l’Ouest. Selon les Tarikhs es Soudan et es Fettachs en effet, l’imamat a longtemps été confié à cette famille dans le foyer de l’islam que fut Tombouctou.

C’est dans ce cadre et pour d’autres raisons que 
certaines familles dont les Bayo et les Chérif ont une vocation religieuse à travers les prêches et la prière islamiques.
L’installation des Bakayoko – comme une mission exploratoire – s’est ainsi faite sans grandes frictions avec les autochtones, pour le moins hostiles à l’islam pourtant. A cette installation allait suivre une occupation en masse et de manière violente.

Installation de la famille Diomandé


Vers la fin du XVIème siècle, la région fut le théâtre de violents conflits sous des invasions guerrières. L’installation de N’fa Moussa et sa suite allaient bientôt contribuer à l’arrivée de leurs frères Diomandé ou Kamara ouvrant la voie à des vagues successives de migration.                                         

Partis du Konyan et du Toron, les Malinké descendent jusqu’à Séguéla, chassent tous ceux qu’ils trouvent sur leur passage et se déchirent entre eux. Finalement, ce sont les Diomandé qui imposent leur suprématie sur toute la région de Touba à Séguéla, région charnière entre la savane et la forêt.
          En effet, le territoire qu’il est convenu d’appeler mahou, tomba entre le XVIème et le XVIIème siècle sous domination Diomandé (qui signifie envahisseur) composés de vaillants guerriers et soutenus par des familles apparentées : Bamba, Kondé ou Koné et Touré; les Fadiga arrivant un peu plus tard. Selon toute vraisemblance, les Diomandé ont occupé la région à partir de Beyla (région du Konyan dans l’actuelle Guinée.) Mais d’autres sources situent leur origine de Tombouctou d’où ils seraient partis avant 1550. Outre leur capacité à guerroyer, les Diomandé étant surtout animistes, détenaient de véritables pouvoirs mystiques. La conquête de la région a également été facilitée par les Bayo, doués dans le maraboutage. D’aucuns voient là, l’occasion de l’alliance entre ces deux familles. Sous la coupole donc des Diomandé, la constellation de clans va donner une tribu homogène et entreprenante: les Mahou ou Mahouka. Ensemble, ils vont provoquer un déplacement massif des autochtones Yacouba vers le Sud. Au XIXème siècle, les Diomandé Saakulaka, en véritables seigneurs, vont imposer leur présence à certains villages Yacouba et en prendre même le commandement (Sipilou, Gan, Santa). Dans ces zones, ils ont tissé des alliances et ont entrepris un métissage intense avec les Yacouba. Aujourd’hui encore, des familles Dan portent des patronymes d’origine mahou tels que Diomandé, Bayo, Touré, etc. Des Mahou sont chefs de villages dans beaucoup de contrées Yacouba et Toura. Ailleurs, dans la partie Nord du pays Mahou, les Gbeèka furent obligés de traverser la rivière Boa pour échapper aux Diomandé. L’avancée des Diomandé ne fut freinée que par les colonisateurs Français, plus forts car possédant de l’armement moderne. Le résultat de tout ce qui précède, fait de cette famille et des Koné les propriétaires de terre (luutii) et du pays mahou (yamaatii); ils jouissent du respect de leurs sujets, et leur autorité d’aînée est incontestée. La principale ville des Diomandé est Ouaninou. Touba (qui signifie grande forêt ou arbre céleste) fut fondée vers 1870 par Youssouf et les Fadiga. Cette ville, alors peuplée de fervents musulmans, eut de bonnes relations avec l’Almami Samory Touré au détriment de Borotou qui fut détruite.
Après avoir pris connaissance de l’installation des Mahou, il parait légitime de se demander comment un peuple aussi composite et nombreux qu’eux est socialement organisé. L’appréhension d’une telle question peut se faire à travers l’étude de leur mode de vie socioculturelle.

Source: Mahouweb

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