Humour/ Agalawal: « Nous allons faire le point de ceux qui ont perdu des fauteuils, des tabourets, etc.»

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Il a mis tout le monde d’accord sur son talent. Agalawal est devenu en quelques années l’une des figures les plus représentatives de l’humour ivoirien et africain. Avant son prochain One Man Show, il lève dans cette interview, un coin de voile sur sa vie, son parcours et son travail d’humoriste pas toujours évident.

Vous étiez inscrit en Master 2 de gestion de conflits et paix. Pourquoi vous mettez fin à ces études en 2010 ?

 Je n’ai pas arrêté les études. Ce n’est qu’une suspension. Je ne suis pas d’une riche famille. Je n’ai pas eu la chance d’avoir des parents qui m’ont aidé pour les frais d’études. A un moment donné, j’étais seul. Après la maitrise en Anglais, je me suis inscrit en master 2 en gestion des conflits et paix. En 2010, les crises récentes ont tout bouleversé. Il fallait sauver sa vie. Alors j’ai quitté le campus, les études pour m’engager dans l’humour.

Envisagez-vous de terminer ces études que vous dites avoir suspendu ?

L’humour absorbe beaucoup de  mon temps.  Je suis toujours sollicité. Je ne peux pas refuser les invitations. Je dois m’engager pour l’humour. Je pourrais revenir à l’université Felix Houphouët Boigny pour terminer les cours en gestion des conflits et paix. Mais pour l’heure, j’ai d’autres objectifs à atteindre.

Quels sont ces objectifs ?

Retenez que l’humour est un art jaloux. A côté de lui, je ne peux pas entreprendre une autre activité. L’humour, ce n’est pas du jeu. Il faut de la concentration si tu veux en faire une profession. Ceci étant, sachez que lorsqu’une personne commence à faire de l’humour et à être appréciée du public, il lui faut satisfaire régulièrement ses admirateurs. Je fais bientôt mon troisième one man show. Mes fans ont besoin de me voir très souvent sur les scènes.

Avec votre maitrise en anglais, on a envie de vous demander si vous avez fait des scènes anglophones…

 Oui. J’ai déjà fait une prestation en Afrique du Sud où je me suis exprimé entièrement en  anglais. C’était à une cérémonie d’Awards. J’étais le seul francophone dans la salle. J’étais en compétition avec des humoristes anglophones  venus de la Zambie, du Nigeria, du Ghana, du Botswana etc. Je me suis exprimé à leurs côtés, dans cette compétition appelée’’ The International Defy Championship ‘’. Je ne suis pas allé en balade. J’ai obtenu le prix du public. C’est-à-dire que le public a trouvé que j’étais bon. Cela me fait énormément plaisir en tant que francophone. Ce n’était pas évident même si je suis titulaire d’une maitrise en anglais. Aujourd’hui je remercie Dieu car, parmi mes trophées, il y a un que j’ai remporté dans un pays anglophone.

Certains observateurs trouvent que votre humour est très intellectuel. Comment travaillez-vous vos textes ?

(Il sourit). Certaines personnes trouvent mon humour intellectuel ? C’est pour moi une bonne nouvelle. Je remercie Dieu pour cela. Sachez que je ne force pas les choses. C’est vrai que l’humour fait rire, mais tout ce qui fait rire n’est pas forcement bon.  Il faut savoir aligner, agencer les choses de sorte qu’au-delà du rire, les personnes apprennent ou retiennent quelques choses de ce que tu as dit. Moi, je fais de l’humour avec des phrases bien agencées, bien conçues. De sorte que ceux qui écoutent, même s’ils ne comprennent pas le message que je veux passer, ils ne me reprocheront pas la syntaxe de mes phrases. C’est cela la particularité de mon humour. Mon inspiration, c’est l’actualité, mon vécu, le quotidien accompagné du peu de talent que je possède.

Pensez-vous que c’est le ‘’Marrakech du rire 2014’’ qui vous positionne à l’international.

 Le ‘’Marrakech du rire 2014’’ est venu renforcer, peut être mon ouverture sur l’international. Sinon j’ai participé plusieurs fois à ‘’Marrakech du rire’’.  En dehors de ce festival, j’ai fait d’autres scènes à l’international. Le ‘’Marrakech du rire’’ est intervenu en 2014 alors que moi j’ai commencé en 2009.

Après toutes ces tournées, comment jugez-vous le niveau de l’humour ivoirien ?

Très bien. Nous avons pour habitude de dire que ‘’nul n’est prophète chez soi’’. C’est pour dire que les ivoiriens ne reconnaissent pas la valeur des humoristes ivoiriens. Cependant, lors de nos différentes tournées, nous entendons des  personnes de l’extérieur dire que notre humour est bon. Nous avons le meilleur humour en Afrique francophone. Oui notre humour est excellent. Hélas ! Je vois encore sur les réseaux sociaux, dans les journaux et sur certaines chaines de télévisions des personnes insulter, critiquer ou dénigrer les humoristes ivoiriens. Mais, moi je dis que cela ne me concerne pas parce que je sais ce que je fais. Pour ma part, nous avons un bon niveau d’humour. Nous sommes une référence en matière d’humour en Afrique. Aujourd’hui dans les pays francophones africains, il n’y a pas un seul spectacle où des humoristes ivoiriens ne sont invités. La preuve, nous allons au Maroc ‘’Marrakech du rire’’, en Tunisie, en France etc. C’est parce que l’humour a pris son ascension  en Côte d’Ivoire que les autres pays veulent maintenant faire de l’humour.

L’humour ivoirien se porte tellement bien qu’il parait que vous habitez une résidence qui vous aurait coûté la somme de 20 millions de F CFA ?

Oui. Cela n’est pas faux. Je remercie Dieu qui m’a permis d’avoir cette maison.

Inutile d’écrire que l’humour nourrit son homme…

Oui.  L’humour nourrit son homme. Ce n’est pas un sot métier. L’humour a changé ma vie. Je lui dois tout ce que je possède aujourd’hui. Je prends tout ce que je fais au sérieux pour en tirer le meilleur profit.

Pouvez-vous nous parler de votre prochain one man show  ‘’ le 13 Avril, on fera le point’’ ?

 Bien sûr. Nous devons faire le point parce qu’il y a beaucoup de choses à dire. Il faut aussi dire qu’il y a 10 ans maintenant que le fais de l’humour. Il faut marquer un arrêt pour faire le point. En outre, nous sommes dans une ère de gouvernance d’un pouvoir qui est en train d’atteindre ses deux mandats. Je pense que nous devons faire le point. Nous devons atteindre l’émergence en 2020. Alors il faut faire aussi le point. Apparemment certains ont perdu des fauteuils, des tabourets. D’autres étaient en prison, certains sont sortis. Il y a encore qui sont acquittés, libérés. Il faut que nous fassions le point.  Il faut que les ivoiriens viennent pour qu’ensemble nous  fassions le point. Il y a des Tchiza, des titulaires, etc.  Nous avons atteint un autre niveau. Il faut que nous nous asseyions pour faire le point. Les ivoiriens me connaissent. Ils savent qui je suis. Quand j’annonce mon spectacle, ils savent que je ne m’amuse pas. Ils savent que je ne fais pas les choses insensées.

Paul Ninssemon

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