Hubert Martial Gbaou, Cadre financier spécialiste des Marchés des Capitaux: « Une mutuelle de développement n’est pas un organe de fête »

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Hubert Gbahou, une expertise au profit de la région de l'ouest

Hubert Martial Gbaou est originaire de Bangolo dans la sous-préfecture de Beoué-Zibiao. Ce digne fils du pays wê a acquis au fil des années une riche expérience des marchés des capitaux sur la base de solides études en Gestion et en Audit. Titulaire d’un Master II, option contrôle de Gestion et Audit de l’Institut des Formations Professionnelles d’Abidjan et d’un diplôme en Management Développent de MDE Business School en collaboration avec IESE Business School University of Navarra de Barcelone. Il totalise 20 ans de pratique des activités des Sociétés de Gestion et d’Intermédiation (SGI) et des Sociétés de Gestion des OPCVM. Hubert Martial Gbaou montre, dans cette interview, une grande préoccupation pour le développement de sa région dont il reste très attaché.

Partagez-vous, aujourd’hui, le sentiment de certains qui pensent que tout est à refaire dans le grand ouest ?

La question d’une vision pour le développement revient très souvent, surtout que la crise a aggravé la situation. Prenez, par exemple, les régions du Cavally et du Guémon. Il faut tout remettre sur pied, les infrastructures routières et sanitaires, l’école, etc. il y a vraiment du boulot.

Qu’est-ce qui explique ce retard ?

C’est une situation qui n’est pas forcement liée à l’ouest. Il y a d’abord la volonté de l’Etat de faire en sorte que nos régions aient des outils nécessaires pour faire avancer le développement. Mais les collectivités peinent à assurer ce développement. Ces 20 dernières années ont fait apparaitre de grandes disparités.

Quels sont les marges de manœuvres des collectivités pour tirer ce développement devenu capricieux pour nos régions ?

On attend toujours et partout de l’Etat. Pourtant, nous devons réfléchir à trouvers d’autres solutions. Réfléchir, par exemple, ensemble, cadres et élus afin de créer les conditions d’un dialogue direct avec les bailleurs de fonds pour pallier au déficit de l’Etat. Il faut pouvoir frapper à la bonne porte en mettant à contribution des expertises pour aider les collectivités à monter les dossiers qu’il faut et comme il faut. J’avais apprécié, à l’époque, la démarche de l’honorable Méambly avec son plan Marshall pour le Guémon. Avant tout, il a commandé l’expertise du BNETD pour une étude sur la région du Guémon, étude qui a permis de faire une bonne planification. A part cela, je peux dire que la politique nous a divisés. On ne peut s’entendre sur le minimum. Et cela joue contre nous…

Que proposez-vous en tant que cadre et fils de la région pour apporter le bien être à nos populations ?

Autour de nos élus, il faut créer une dynamique de tous les cadres et enfants de la région. Il faut que chacun à son niveau puisse apporter sa pierre à l’édifice. Ce que nous ne devrions pas perdre de vue, c’est de chercher à mettre nos parents dans de bonnes conditions de vie. Si cela n’est pas fait, ils reviendront toujours vers nous pour solliciter notre aide, rien que pour le minimum. Il nous faut travailler à cela dans l’union. La politique nous divise pourtant, nous la pratiquons pour le peuple. C’est la souffrance de nos parents qu’il faut regarder. L’ouest a des potentialités et de la richesse qui sont mal exploités. C’est une zone, par exemple, de forte production agricole mais tout ceci n’est pas ressentie sur ceux qui y vivent. Du fait de la paupérisation accrue, les terres sont bradées. Et aussi les gains engrangés ne sont pas forcement réinvestit dans la région au grand dam des communautés qui y vivent. C’est pourquoi, il est impérieux de sensibiliser les populations, nos parents à garder leur terre en trouvant des mécanismes d’occupations de ces terres et développer les plantations pour eux. Sinon, ils continueront à vendre parce que démunis. L’ouest devrait logiquement trouver un système pour s’autofinancer. Lever, par exemple, des fonds sur les marchés financiers (obligations des collectivités) si l’Etat le permet. Je le dis car l’unicité des caisses est un frein parce que l’Etat à beaucoup d’autres priorités à honorer.

Vous parlez beaucoup des collectivités mais les mutuelles de développement et les associations ne doivent-ils pas avoir aussi  un rôle à jouer?

Evidemment, les mutuelles ont un rôle à jouer. Ce sont des organes mis en place par les populations pour créer une synergie autour du développement du village. Mais le constat est amer. Le développement n’est généralement pas compris des personnes qui animent ces associations. Ils n’ont même pas, le plus souvent, les notions basiques du concept. La mutuelle a une plus grande marge de manœuvre. Son mécanisme d’action a une grande flexibilité. Elle a la capacité de s’adresser à des organisations non gouvernementales par exemple. Mais une mutuelle n’est pas un organe de fête ni une bande de copains. Pourtant, la propension à la fête de ces associations est plus marquée que leurs vocations d’acteurs de développement. Il faut faire en sorte que ceux qui prennent la tête de ces associations soient véritablement des acteurs de développement. Outre cela, il faut rapprocher les structures de microfinances des populations pour l’entreprenariat des parents. C’est par ces voies que la richesse pourra être créée. Il ne faut pas laisser l’initiative aux autres. Mais derrière tout cela, ils doivent travailler main dans la main. C’est dans l’union de toutes les forces (mairie, conseil régional, mutuelles, etc.) qu’on pourra sortir nos parents de la pauvreté.

Alain Mahan

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