Musique tradimoderne : Le nouveau défi

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Luckson Padaud une icone de la musique tradi-moderne

On se rappelle de grands noms comme Séri Simplice, Gnahoré Jimmy, Guéi Victor ou encore l’orchestre ‘’Le Tout-Puissant Audiorama’’, etc. On a encore en mémoire le bouillonnement d’une musique tradimoderne très appréciée au plan national à une certaine époque. Mais, aujourd’hui, cette musique n’a plus pignon sur rue. Que vaut-elle aujourd’hui ? Où sont passés les artistes tradimodernes ? Votre magazine a voulu comprendre…

Sur les traces d’une musique…

Luckson Padaud l'un des artistes reconnus de la musique tradi-moderne
Pahin Lenou l’un des artistes reconnus de la musique tradi-moderne

Nous sommes à Yopougon-Selmer non loin de la place CP1. De nombreux maquis disséminés là crachent des musiques Bété et Wê très enlevées. Cette commune est réputée pour être la plaque tournante de la musique tradimoderne. Des maquis comme le Temple Wê, le Djidé, Le Grand-Ouest, le Boulot sont  rapidement devenus des références après la crise. Ces espaces ont tous l’avantage de très souvent faire du live. Les responsables du Djidé, au Terminus 40, sont fiers de confier que  de grands noms de la musique bété Luckson Padaud, Nahounou Paulin, Blissi Tebil, Dikaël Liadé, Pablo de Gokra et bien d’autres sont passés là. A la place CP1, ‘’Le Temple Wê’’ est le dernier-né de ces espaces avec, à la tête de l’équipe managériale, Théo Beny, président du collectif des managers des artistes Wê etSous-directeur de la Culture au conseil régional du Guémon. L’espace ‘’Le Temple Wê’’ est justement très symptomatique de la mauvaise santé de la musique tradimoderne. L’espace du Temple Wê, en effet, du fait du taux faible de fréquentation, a régulièrement changé de gérance et même d’identité musicale, même si nous sommes dans la musique tradimoderne. Il faut le remarquer aussi, les espaces de la musique tradimoderne se raréfient au profit d’autres espaces comme les espaces Zouglou. Un exemple édifiant : situé au quartier Yopougon-Maroc, le maquis ‘’Akyékoi’’ destiné à la musique Akyé portes ne connaît pas vraiment cette grande affluence. D’ailleurs, nous l’avons trouvé fermé un vendredi à minuit. De façon plus générale, on peut constater, aujourd’hui, que l’ambiance au niveau du secteur Abobo-Château d’eau avec les spectacles réguliers de nombreux orchestres akyé, n’est plus la même. A Yopougon aussi, les mythiques ‘’Baron bar’’ et ‘’Yao Sehi’’ ou encore le ‘’Bada bar’’, n’existent plus que de nom. Les artistes ne rêvent plus de connaître la gloire ou le succès national comme le Lékiné d’un certain Guéi Victor, le Labalaba de Luckson Padaud ou le Polihet d’un Gnahoré Jimmy. Pour ces artistes qui pratiquent cette musique moderne d’inspiration traditionnelle, le salut se trouve désormais dans l’animation artistique des funérailles. Conquérante, avide de nouveaux espaces culturelles par le passé, cette musique s’est repliée sur ses terres en s’enfermant dans la sphère ethnique et régionaliste. Que s’est-il passé ?

Les maux d’une musique

Pour Monsieur Konan, cadre au Trésor public et producteur d’artistes tradimodernes, le problème le plus flagrant de la musique tradimoderne est le temps. En effet, cette musique tend à devenir obsolète devant les goûts musicaux de la nouvelle génération. « A partir de 1990, la musique tradimoderne va péniblement résister au Zouglou qui commence à la malmener. Mais c’est le Coupé-décalé qui va pousser la musique tradimoderne dans ses derniers retranchements. Ainsi cette musique semble être à la traîne des autres musiques. D’ailleurs, la place qu’elle occupe derrière les autres musiques à l’émission-concours de la RTI, ‘’Le clash musical’’, ne le confirme-t-il pas ?

La défunte Iwoyê Bernadette, artiste Abbey et vedette dans la région de l’Agneby, posait le problème de la musique tradimoderne autrement : « D’abord, je veux dire que nous ne sommes pas en concurrence avec les artistes coupé-décalé ou zouglou. Chacun a son public mais le problème, chez nous, est le manque de promotion et d’organisation. Il n’y a pas de réel producteur. Ce sont des proches ou des personnes qui aiment ce qu’on fait, qui nous soutiennent». Mais pour un homme politique et mécène de cette musique, le véritable problème, c’est l’illettrisme de ces artistes musiciens. Du coup, ils ne savent pas s’entourer côté staff en vue de la gestion professionnelle de leur carrière. Ils ne peuvent pas apprécier un contrat pour en saisir les subtilités. Beaucoup, dans nos régions, n’ont jamais entendu parler du Burida. Et le fait d’évoluer uniquement dans les milieux de leurs ethnies les sectarise, eux et leur musique. Ce qui les ferme aux autres. « Un artiste Bété ou un artiste Wê qui va faire un spectacle à Paris s’y rend à la demande sa communauté qui s’y trouve. Il en de même pour un artiste Baoulé ou encore Akyé, etc. Ainsi, le mélomane d’une ethnie différente du chanteur ne se sentira pas concerné par cette musique ».

Et pourtant elle vend…

L’artiste Roy Anta Kitty a été producteur d’artistes tradimodernes. Pour lui, cette musique, si on la prend au sérieux, vend beaucoup. M. Konan aussi affirme avoir fait un bon investissement avec l’artiste qu’il a produit. L’artiste Iwoyê Bernadette affirme également vivre de sa musique. Mais il faut aussi de grands mécènes pour y croire. C’est le lieu de saluer la mémoire d’un certain Michadje Leon qui était à l’époque à Agboville, propriétaire d’un studio d’enregistrement, d’un orchestre et d’un espace live. Il voulait, disait-il, aider la musique tradimoderne à évoluer. C’est aussi le lieu de rendre hommage à Ernesto Djédjé et Meiway dont les musiques savamment élaborées, architecturées sur les canons de la musique moderne et universelle ne perdent à aucun moment la couleur du terroir qui en est la sève nourricière. Le Zoblazo est tout un programme dans un voyage initiatique au cœur du pays N’zima. Le Ziglibity convoque le pays Bété et sa culture du rythme. Et pourtant, ces musiques se comportent bien sur le plan national et international. Le Ziglibity et le Zoblazo porte en eux toute la symbolique, la preuve et la promesse d’une musique tradimoderne qui gagne et qu’on peut exporter.

Ange Koulai

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