L’ART DU TOHOUROU

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la pochette d'un album de Tima Gbahi, un grand maitre maitre du Tohourou

Le tohourou est un art chanté. Il est aujourd’hui, incontestablement, l’art majeur du grand ouest. Reçu et modernisé par le peuple Bété, il tire ses origines du pays wê (Wobé et Guéré), et est, à l’origine, tenu par le masque. Le Tohourou (chanteur de Tohourou) ou « blégla » [blegla] (masque chanteur chez les Wê) est une institution culturelle Wê. Son histoire s’inscrit dans le cadre général de l’histoire du « gla »

[gla]

ou masque. Il faut donc remonter au masque pour situer son origine. Selon les ancêtres, le masque serait d’origine divine. Révélé dans la forêt à Sohi[1], au temps de la déconfiture de la société Guéré, le masque vient enseigner l’ordre, l’équilibre, l’harmonie ; il vient apprendre aux hommes à réglementer le monde afin de se forger un espace de paix. Il en ressort que le masque n’est pas une création, mais une découverte de l’homme ; il existait déjà lorsque l’homme en apprit l’usage. Chez les Wê, la société des masques est hiérarchisée et laisse apparaître des rôles comparables à un « gouvernement » dans lequel la répartition des tâches se fait par « ministère« . Au sommet de la hiérarchie se situe le Ministère de la justice et de l’équilibre cosmique représenté par le Koui ou masque sacré[2]. La société des Koui est une institution très fermée, car les Koui ne peuvent être vus que par les initiés, et cette initiation est plus ou moins sévère selon les régions. Dans la région de Taï par exemple, l’initiation est pratiquée sur de jeunes hommes ayant déjà subi l’épreuve de circoncision ; l’initiation comporte une série d’épreuves dont la plus importante est le coma. Dépositaire de la tradition et des lois, il rend la justice ; partenaire du cosmos, il procède à des bénédictions périodiques pour harmoniser les forces cosmiques. En dessous se trouvent les autres ministères:

– Le Ministère de l’information : il se confond avec le masque griot ou « kpépogla« . On l’appelle encore « Weyepogla« . Il précède le masque sacré pendant les sorties, annonce son message et chante ses louanges.

– Le Ministère de la Défense. Il est animé par le masque guerrier ou « tovongla »  et par le masque de malédiction ou « tehesri« , Le premier, responsable de la sécurité de la communauté, applique les sanctions du Koui ou les siennes propres aux déviants. Lorsque ces derniers sont inconnus[3], le masque de malédiction leur jette un sort.

– Le Ministère de la Santé Publique : il comprend trois masques : le masque des sources ou « Pohogla » chargé de veiller à la propreté des cours d’eau ; le masque de propreté ou « Santigla » chargé de faire respecter l’hygiène dans le village. Ces deux masques exercent une action préventive. Enfin le masque de décès ou de l’enterrement « Kouessri« , masque au visage triste dont la fonction consiste à détecter les sorciers du village, ces agents de la mort.

– Le Ministère de l’Education et de la Culture : il regroupe lui aussi trois masques : le masque des cérémonies ou « déhesri, c’est un masque jovial qui joue un double rôle. Il divertit les villageois par ses contes plaisants et ses chants en même temps qu’il donne une formation civique aux adolescents en enseignant les principes de la vie en société et les pratiques culturelles courantes. Nous avons ensuite le masque danseur ou « degla« . Ce masque récent dans le temps par rapport au masque sacré a un rôle de divertissement. Très bon danseur et acrobate, le degla impose le rythme aux batteurs par les mouvements du corps et des jambes. Il possède beaucoup d’entraînements physiques car il peut se produire plusieurs heures.

Vient enfin le masque chanteur « blegla » qui symbolise le charme, la finesse ; on l’appelle pour cela « Bayégla« [4]. Et c’est ce masque du département de l’Education et de la Culture qui est le Tohourou.

Dr GOHOU WONDJI MAURICE

Enseignant-Chercheur


[1] Le mythe Guéréde Sohi nous explique que pendant la période du désordre fondamental, l’homme fut incapable de restaurer l’ordre. Pris de pitié, le génie révéla le « masque-solution » à Sohi dans la forêt. Et la prise de fonction du masque inaugura les institutions fondatrices du nouvel ordre social.

[2] Tous les masques sont sacrés mais le Koui tient une suprématie indiscutable. Ses actions sont sans appel. C’est pourquoi il est particulièrement appelé masque sacré.

[3] C’est le cas des voleurs qui refusent par exemple d’avouer leurs forfaits.

[4] Les termes « bayé, bagnon, bahouan » désignent les ressortissants de « Baho », la cité de la beauté.

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