Abidjan/ Le cimetière de Yopougon. Dans l’univers des fossoyeurs…

0
254

Leur âge est compris entre  15 et 30 ans. Ces jeunes ont choisi le cimetière comme lieu de travail. Parmi eux, se trouvent des  fossoyeurs. Ces derniers sont les plus actifs dans cette nécropole. Ils ont été régulièrement recrutés par le District autonome d’Abidjan comme eux même  aiment à l’affirmer : « Nous sommes venus sur affectation du District d’Abidjan». Certains pratiquent le métier de fossoyeurs depuis cinq ans voire dix ans.

        Mais les fossoyeurs ne sont pas les seuls recrutés pour travailler en ce lieu. A côté d’eux, en effet, une fois dans l’année, les autorités du District recrutent aussi un autre groupe de travailleurs pour les travaux de désherbage dans le cimetière qui s’étend sur 40 hectares.

Si nous n’avons pas pu connaître le traitement salarial des fossoyeurs embauchés par le District, certains contractuels n’ont pas hésité à nous dire qu’ils gagnent 3000 f par jour.

On peut enfin identifier un autre groupe de travailleurs dans ce cimetière. Eux, ce sont les ‘’débrouillards’’ comme ils le disent ici. Ils interviennent le plus dans la maçonnerie. Franck, un débrouillard, affirme être à cet endroit depuis 2017. « C’est mon grand-frère qui m’a fait venir ici », nous confie-t-il. Ces débrouillards sont pourtant les plus sollicités par les parents des défunts pour la construction des caveaux, des chapelles et la réalisation de leur carrelage.

 La peur qu’inspire très souvent un cimetière ou la vue de tombes ? Ces ouvriers n’en ont cure. Ainsi on les voit à l’aise sur leur lieu de travail, les uns assis sur des tombes, d’autres enjambant des caveaux. Certains n’hésitent même pas à piquer un brin de sieste sous des chapelles. Pour eux, il n’y a aucune raison d’avoir peur. Le jeune Gado travaille dans ce cimetière depuis 2 ans. Il nous donne son avis, non sans humour : «  Nous ne leur devons pas. Alors, ces morts ne nous effraient pas ». Évidemment ces propos soulèvent l’hilarité générale parmi ses collègues. L’ambiance au sein de ces travailleurs semble gaie. Le dénommé Monsieur Caillou, un des responsables des équipes, est très à cheval sur certaines mesures de sécurité dont le port obligatoire des bottes et des gants aux heures de travail.

Au cimetière de Yopougon, la production de tombes est très importante. C’est ce que nous confie le jeune Henri : «  Ici, il faut aller vite, car nous devons livrer chaque semaine une centaine de  tombes nues ».  Pour atteindre les objectifs de la centaine de sépulcres par semaine, monsieur Caillou repartit son équipe en trois groupes qu’il affecte dans les différentes zones du cimetière. Des zones ? Oui, car ici tout comme chez lez vivants, il y a aussi une division de l’espace de… séjour, en quartiers selon la classe sociale du locataire. Ou selon sa religion, parfois.

Il faut ajouter que les dimensions des tombes varient très souvent selon les confessions religieuses.C’est ce que nous dit Moussa qui habite même dans les environs du cimetière, non loin de son lieu de travail : « Chaque tombe, à part celles des musulmans, doit mesurer 2 mètres de long, 1,5 mètre de profondeur et 1,2 mètre de large».

Mais combien perçoivent ces travailleurs ? L’un de fossoyeurs  répond : « Nous réussissons à vivre avec ce que nous gagnons». Rassurant donc, que les morts fassent vivre les vivants.

Des entreprises de prestations diverses interviennent aussi dans  le cimetière de Yopougon. Celles-ci effectuent tous les travaux de maçonnerie avant et après les enterrements.   Combien et qui sont- elles ? Personne sur ce site n’a voulu nous donner de noms ni de chiffres.

Mais il ne faut pas s’y méprendre : ces entreprises ne bâtissent ni de caveaux encore moins de chapelles. C’est plutôt l’œuvre ces débrouillards.  « Les prix des caveaux varient entre 180  et 500 mille  f CFA, et celui  des chapelles, à partir de 1 million jusqu’à 8 millions f CFA », nous confie Kouamé en désignant des bâtisses. Kouamé est un carreleur qui travaille dans ce cimetière depuis 2015. Les dits débrouillards font aussi l’entretien des tombes. Cette autre activité leur rapporte 5000 f CFA par mois pour un caveau et 10 000 f CFA par mois pour une chapelle, selon les renseignements que nous recueillons.

Fossoyeurs ou non, il faut enfin dire que toutes ces personnes, qui ont fait le choix de travailler dans un cimetière, ont du mérite pour ce qu’ils rendent confortables les dernières demeures de nos morts. Cela est à saluer. Par ailleurs, c’est le lieu d’interpeller les autorités sur la salubrité de ce cimetière dont le seul entretien annuel n’est, évidemment, pas suffisant pour un lieu aussi sensible.

 Paul KONAN

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez entrer votre commentaire!
Veuillez entrer votre nom ici