Duékoué/ La riche histoire de la ville-porte d’entrée de l’ouest

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Duékoué, dans la région du Guémon, a une riche histoire qui part des temps les plus reculées jusqu’aux sombres heures des dernières crises, en passant par la conquête coloniale et une remarquable participation, aux côtés de la France, à la quête de la liberté du monde pendant les grands conflits mondiaux. Découvrez cette histoire à travers la synthèse ci-après, espérant que chacun en tirera les leçons pour un Duékoué plus fort dans le cercle de la fraternité ivoirienne.

La  pénétration coloniale

La conquête du pays Wê par les Français fut tardive comparée aux autres régions de la Côte d’Ivoire et même dde l’Ouest du pays. A partir de 1892, la frontière entre le Libéria et de la colonie de Côte d’Ivoire est définitivement

établie avec le Cavally comme igne de démarcation. Dès lors, les Français peuvent explorer l’hinterland, à partir de

Sassandra, San Pedro et Tabou. En 1889, la mission Hostain- D’Ollonne, forte de 20 tirailleurs djiminis remonte le cours du Cavally et découvre les régions de Taï, Guiglo et la région de Duékoué, d’où ces explorateurs prélèveront de nombreux masques Wê qui feront plus tard le bonheur des grands artistes occidentaux de l’école du Cubisme (Picasso, Dali…) et des grands musées de France et d’Europe. La relation de cette expédition par le Lieutenant d’Ollonne, sera comparée plus tard par le commandant Viard établi à Guiglo dans les années 1930, comme l’équivalent de ‘’La guerre des Gaulles’’ de Jules César en raison de sa richesse exceptionnelle en données ethnographiques et militaires. D’autres colonnes parties de la Haute-Guinée via Séguéla et du Sénégal effectueront la reconnaissance du pays Wê, dont les peuples, par malentendus, seront baptisés Ouobès et Gurés par leurs voisins Yacoubas et Mahou plus au Nord ; Ouobè signifiant « Là-bas habitent les Wês » en malinké et « Là-bas sont les peuples Guè » en yacouba.

Création de Duékoué et mise en place de l’administration coloniale

Le Cercle de Duékoué sera créé en 1912. Et donnera lieu à une évolution administrative progressive de cette ville jusqu’à son érection en chef-lieu de Département dans les années 80. La création de la ville, selon une étude de la mairie de Duékoué, remonte à 1867, bien avant la pénétration coloniale, et elle est le fait d’un chasseur du nom de NANHI du village de ZOUADI (fils Zibao de Petit Duékoué). Cette année-là, ce chasseur très réputé de la région, partit de Zouadi pour une grande partie de chasse sur la rive droite du Guémon (rivière qui arrose la ville de

Duékoué et a donné son nom à la Région administrative du Guémon), fit une très bonne chasse en y tuant un éléphant. Il décida alors de s’installer sur le site et fonde le village de DOËKPE, qui signifie en langue locale « sur le dos de l’éléphant. DOËKPE, déformé phonétiquement, deviendra DUEKOUE. La circonscription administrative est créée en 1912. A cette époque, YATAHE, chef du canton Zangné, sollicita le protectorat français sur sa région auprès du chef de poste de Daloa. Deux ans plus tard en 1914, le poste de BEOUE fut créé sous la dépendance de Guiglo alors chef de région. Après la fermeture du poste de BEOUE en 1922, la subdivision

Administrative de Duékoué fut créée en 1924. Elle évolue pour devenir sous-préfecture le 2 janvier 1961, à l’indépendance. Duékoué est érigé en commune par la loi n°85-1085 du 16 octobre 1985 portant création de 86 communes en Côte d’Ivoire et devient fonctionnelle en 1986. Par la loi n°85-1086 du 17 octobre 1985, la sous-préfecture de Duékoué jusqu’alors rattachée à Guiglo a été érigée en Département. Sept sous-préfectures sont créées dans ce département en mars 1995.

La pacification selon Angoulvant, la participation aux conflts mondiaux

Mais remontons dans le temps pour signaler que soucieux de contrôler les populations éparpillées dans la forêt et surtout de leur faire payer l’impôt, es colonisateurs

français ont, comme partout dans la colonie de Côte d’Ivoire, obligé les Wês à construire à mains nues des routes, des ponts, des ouvrages de franchissement, à travers le fameux travail forcé. Les Wês sont ainsi contraints de quitter leurs anciens villages pour s’établir sur les nouvelles routes ainsi construites. Au plan de la conquête militaire française, il faut dire que les Wês de Duékoué, à l’instar de leurs frères de cette région, ont dû faire face à la pénétration violente du colonisateur français, ce qui occasionna des guerres sanglantes, avec la fuite de populations entières au Libéria. La fameuse « pacification » du Gouverneur Angoulvant a meurtri cette région. Mais la guerre mondiale de 19-1918, ainsi que celle de 1939-1945 fut l’occasion pour de très nombreux combattants Wê de Duékoué de prendre part aux conflits en Europe, faisant de cette région un important pôle de rassemblement d’anciens combattants, jusque tout récemment.

           Au plan du peuplement, l’occupation du territoire de Duékoué s’est fait par vagues successives. Les Wês, qui en sont le peuple autochtone, appartiennent au groupe Krou, et contrairement à une idée répandue, et même écrite comme vérité scientifique, les Wês ne sont pas originaires du Liberia d’où ils seraient partis au 18ème siècle, mais ont occupés ce territoire depuis 8 siècles, repoussés progressivement par leurs voisins du Nord, islamisés. Dans la mémoire des anciens, le dernier site occupé dont on se souvient serait localisé autour de la région de Séguéla. Bien évidemment, la traite des Noirs qui a duré plus de 4 siècles, a occasionné des mouvements migratoires de direction Sud-Nord, des peuples côtiers fuyant la traite, qui se sont fondus, progressivement, dans les Wês, surtout à Duékoué. C’est donc un peuple en parfaite symbiose avec sa terre et les divinités et autres forces telluriques qui occupe le Guémon en général, et la région de Duékoué en particulier. Au fil des siècles donc, cette population a eu le temps de se disposer en structures bien organisées (tribus, cantons, familles) autour de formes de chefferies

particulières.

L’organisation administrative coutumière chez les Wês de Duékoué

Elle s’appuie sur le village, la tribu et le canton. Selon l’étude de la mairie de Duékoué citée plus haut, la structuration traditionnelle en pays Wê de Duékoué se compose du chef du village et de sa notabilité. Ceux-ci représentent l’autorité locale qui est le prolongement du

pouvoir moderne dans les villages. La désignation du chef du village se fait par voie consensuelle. Mais ce mode de dévolution évolue progressivement vers l’élection induite par la démocratie moderne. Ce qui tend à affaiblir l’autorité des chefs, de nos jours. A Duékoué, se retrouvent principalement, les grandes fédérations cantonales Zagné (exclusivement à sur l’actuel territoire

de Duékoué) et Zagnan (à cheval sur Duékoué et Bangolo des suites d’un découpage arbitraire du colon).

Le ZAGNE se compose des tribus Sebohon (villages Guéhiébli, Diéhiba, Bahé-Sébon, Délobly) ; Tchègnien (villages Baoubli, Diaouin, Gozon, Sroho, ) ; Vahon & Djimon (villages Sibabli, Ponan) ; Kpohouo (Nidrou, Bagohouo, Yrozon, Guinglo-Zia, Blodi) ; Wan & Dan (Tien-Oula, Pona- Ouinlo, Guézon, Nanandi, Tobli- Bangolo, Tahably-Glodé, Niambli, Toa-Zéo) ; les ZANGNAN (abusivement désignés depuis le temps colonial par le terme ‘’Canton Central’’ sont composés des tribus fédérées, les Tchan & Gblahon (villages Séhoun-Guiglo, Tchèminson, Diourouzon, Fengolo, Guitrozon, Petit-Duékoué, Dahoua, Bahé-B, Pinhoun, Glahou, Gbapleu). Plusieurs chefs de valeur ont dirigé

ces entités, parmi lesquels Séahé Doho, chef guerrier fameux), de Dahoua pour les Zagna, et Toguéhi Léon pour le canton Zagné, du village de Tien-Oula et Tobli-Bangolo.

               Au plan de l’administration coloniale, plusieurs commandants (le plus souvent d’origine corse en France) se sont succédé à la tête de la circonscription, dont le célèbre D’ORNANO (grand ami de la culture Wê dont il était un initié) dans les années 30 et le célèbre écrivain antillais Guy Tyrolien, auteur du célèbre poème « La Prière du Petit Nègre».

           Au plan religieux, notons que la religion chrétienne (à travers l’église catholique), a fait son entrée à Duékoué en 1940 (paroisse Sainte-Thérèse) y implantant leur foi, mais aussi des écoles pour l’alphabétisation des enfants. Les communautés musulmanes y sont arrivées plus tôt, notamment par le commerce de la cola entre cette zone forestière et le Nord, autour des années 1890. Duékoué est une région de grand avenir sur tous les plans. La prochaine exploitation minière dans la Région en fera certainement

un pôle de développement encore plus important qu’il ne l’est aujourd’hui.

La tache sombre des massacres, mais un avenir prometteur

Bien entendu, on ne peut, même dans une synthèse rapide, faire l’histoire de Duékoué sans évoquer les massacres, voire l’ethnocide perpétrés ces dernières au cours des crises successives qui ont émaillé notre histoire nationale récente. Au cours des 20 dernières années en effet, le peuple de Duékoué a, pour des raisons liées à la politique ou à l’occupation de leurs terres patrimoniales, subi de graves exactions que d’aucuns considèrent comme un début de génocide. Souhaitons que les plaies de cette période de feu se cicatrisent rapidement pour un retour définitif à la cohésion.

Philippe Demanois

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