MICHEL DOUA, FONCTIONNAIRE INTERNATIONAL AU HCR : « Ma culture Dan me manque »

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Michel Doua est un citoyen du monde dont les origines prennent racines dans les dédales des montagnes de la région du Tonkpi. Précisément à Bêlé dans la Sous-préfecture de Logoualé. C’est un parfait polyglotte qui n’a jamais oublié, malgré ses riches expériences culturelles que son travail au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) favorise, la culture de ses ancêtres. C’est la quintessence de cette interview qu’il nous a accordé lors de son récent passage à Abidjan.

 

Comment avez-vous rencontré cette organisation qu’est le HCR ?

Lors de l´avènement de la guerre civile du Liberia dans les années 90 qui avait déversé un lot impressionnant de réfugiés libériens dans ma ville natale, Guiglo.

C’est un concours de circonstance ou bien cette organisation vous intéressait réellement ? Pourquoi?

Le HCR comme employeur regroupe tout ce que je cherchais á accomplir dans ma vie. Venir en aide aux gens en détresse et voyager dans le monde, apprendre de nouvelles langues et cultures différentes. En gros, joindre l´utile á l’agréable.

Cela fait combien d’années aujourd’hui que vous êtes au HCR ?

Cela fait trois ans que je suis fonctionnaire international au HCR. Mais avant, entre 1998 et 2003, j’avais travaillé comme employé locale á Guiglo. Je faisais mon MBA en Allemagne quand j´ai été recruté par la mission de paix (MONUSCO) en RDC comme volontaire international aux achats. Après 3 ans avec cette mission de paix, le HCR m´a recruté dans le pool de son personnel international après un examen horriblement difficile que j´ai fort heureusement réussi et j´ai posté en Birmanie comme administrateur adjoint aux achats, passation de marchés et à la logistique.

Vous gravissez régulièrement les échelons de cette organisation. C’est l’exemple de cette promotion que vous venez d’avoir. En quoi consiste réellement votre travail ?

Je suis administrateur chargé des achats, passations de marchés et de la logistique. En anglais Supply Officer avec le grade P3. Le HCR comme toutes les organisions publiques ou privées a besoin de biens, services et travaux pour faire fonctionner ses opérations á travers le monde. Je suis donc chargé de mettre en place des contrats, des accords-cadres avec des fournisseurs á travers le monde et de gérer la bonne exécution de ces contrats d´achats et accords-cadres. Je conçois aussi des systèmes de logistique pour le transport des biens et des réfugiés.

Parlez-nous de votre quotidien au HCR ?

En résumé, au quotidien, mon travail est éreintant et minutieux. Je gère une équipe de 4 à 5 personnes dans mon unité. Je coordonne chaque matin les activités de gestion du parc automobiles, la qualité des documents, des passations de marchés, les livraisons de commandes, les analyses financières des offres des fournisseurs, la vérification de la conformité des activités aux les règles et régulations, paiements de factures, approbation des demandes de paiements etc.…

Comment vous vivez ou supportez le stress, le dépaysement, le risque sur le terrain ?

Pour déstresser j’écoute beaucoup de la musique congolaise, je vais en salle de gym, je fais quelques exercices de yoga et relaxation, je lis beaucoup des bouquins de développement personnel. Pour les risques, nous avons des formations internes qui nous permettent de les juguler et adopter un comportement adéquat à la situation et éviter de s’exposer aux risques. Les nouvelles technologies me permettent aussi de rester en contact avec mes enfants, ce qui me permet de me remonter le moral.

Avez-vous une anecdote concernant votre dépaysement

dans un pays où vous avez exercez ?

Oui, quand j´étais en Birmanie, on observait partout où je sortais comme quelque chose d’exotique. Une fois je suis allé faire du tourisme dans la ville de Bagan où il y a des temples immémoriaux qui datent de millénaires. Un groupe de filles birmanes m´a carrément supplié de faire une photo avec elles car elles pensaient que j´étais une vedette du cinéma américain.

Quel est votre meilleur souvenir dans ce métier et qu’est ce qui fait réellement votre satisfaction dans ce métier ?

C´est mon séjour en Birmanie, un monde nouveau, diffèrent de tout ce que j´avais vu avant. Ma satisfaction c´est savoir que mon travail aide á transformer positivement la vie des gens qui ont perdu tout espoir en à la vie. Je me sens utile á l’humanité car les résultats de mon travail n´est pas seulement pour moi et ma famille.

Combien de langues parlez-vous ? Vous vous imposez d’apprendre la langue du pays dans lequel vous travaillez ou c’est juste un don ?

Je parle couramment 3 langues européennes (Français, Allemand et anglais) et 4 langues africaines (Yacouba, dioula, baoulé et lingala).

C´est la combinaison des deux. Je fais un effort pour apprendre la langue du pays où je suis affecté et faut dire aussi que j´apprends les langues facilement.

 

Quel pays qui vous laisse un bon souvenir ?

La RDC. Quoi qu´étant un pays bourré de paradoxes et difficultés défiants tout entendement, j´y ai vécu des moments incroyables et humainement enrichissants qui m´ont marqué á Jamais…

Dans quel état d’esprit vous allez dans des pays risqués comme la Syrie où vous étiez en poste et le nord du Nigeria (avec la menace de Boko Haram) où vous allez bientôt?

Personne n´échappe á son destin. D’abord, j´adore mon métier. C’est pourquoi j´irai partout où il le faudra avec le HCR pour l´exercer avec plaisir. Le HCR est l´organisation où j´ai toujours rêvé de travailler. Cependant, je suis toujours á la lettre tous les consignes de sécurité de mon employeur quel que soit le pays où je suis affecté. Je ferai aussi comme d’habitude, j´irai là-bas sans préjugés et clichés et me ferai ma propre opinion sur place. Je serai prudent car je compte revenir vivant pour vivre d´autres aventures dans d´autre pays. Je ne suis qu´au début de ma carrière internationale.

Comment vous aménagez votre temps pour votre famille ?

J´ai sacrifié ma vie de famille pour mon métier. Je n´ai pas vu mon fils grandir. C´est maintenant un jeune adulte. Je m´excuse toujours auprès de mes filles qui sont encore très jeunes et qui me voient seulement quelques semaines dans l´année depuis maintenant 6 ans. Heureusement qu´avec Facebook Messenger et WhatsApp, nous nous parlons tous les jours en vidéo conférence. Quand à ma mère que j´adore plus que tout, je me rend une fois par an en Côte d’Ivoire pour passer quelques jours avec elle en général pendant les fêtes de fin d´année. C´est terrible je sais, mais on ne peut pas avoir tout dans la vie non plus. Quand j´aurai l´opportunité d’exercer dans un pays ou c´est permis d´aller avec sa famille, je partirai tout de suite avec mes filles.

Aujourd’hui, vous êtes au carrefour de plusieurs cultures. La culture Dan ne vous manque-t-elle pas un peu ?

Oui bien sûr. Surtout les interactions socioculturelles. Les mouvements grégaires d’entraide pour les travaux dans les champs. Les fêtes générationnelles. La culture musicale. Les cérémonies (circoncisions, mariage etc). Une fois mon père m’a emmené dans notre village vers Bogouiné. J’ai vécu un peu de tout ça là-bas.

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Quel est votre plat préféré?

Moi je suis ouvert à toutes les cuisines pourvu qu’elles soient bonnes. Sinon j’aime l’alloco ivoirien, le Placali, et le Zrin Koh et le Beh….

 

Siesson Angenor

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