Maroc/ Sport

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Sur les traces des footballeurs subsahariens…

Nombreux sont les jeunes talents africains qui tentent de gagner leur vie dans les clubs de football hors de leur pays. Si certains, au prix de mille difficultés et par leur acharnement au travail, parviennent au succès, le plus grand nombre par contre échoue, après plusieurs tentatives. Au Maroc par exemple, ils sont nombreux ces jeunes talents rêvant d’eldorado et qui attendent que la chance leur sourît. Notre enquête a permis de connaître leurs conditions de vie.

Des conditions de vie difficiles

Un tour à Oulfa, un quartier populaire de la ville de Casablanca, en majeure partie habité par des Africains sub-sahariens permet de constater la souffrance de ses jeunes footballeurs pour beaucoup, désespérés. Certains, pour survivre, font de petits boulot tels que la cordonnerie, l’aide-maçonnerie, le coursier, le veilleur de nuit et biens d’autres. Ils sous-louent des chambres dans des appartements. Des chambres qu’ils sont souvent plusieurs à se partager pour amoindrir le coût du loyer. Ce qui n’est pas forcément du goût des bailleurs marocains qui se font désormais plus regardants avant de donner leurs maisons en location à d’autres Subsahariens. Ils dorment souvent, sur des lits de fortune avec des couvertures pas vraiment capables de les protéger en hiver, quand le froid fait des siennes.

C’est sur des airs de jeu de fortune qu’ils maintiennent la forme. « Nous sommes là comme ça, on s’entraîne dans des conditions difficiles, sans même manger parfois. On passe des tests partout sans vraiment rien avoir de concret. Mais, on garde quand même l’espoir. Moi, personnellement, je ne peux pas retourner au pays comme ça, les mains vides. », nous a avoué, Axel Koné, footballeur ivoirien résidant à Casablanca. D’autres que l’on pourrait taxer de plus chanceux, se cotisent pour avoir accès à des espaces de jeu ouverts à la location.

A Mohammedia, petite ville située à quelques minutes de train de Casablanca, plus précisément au quartier Riad Salam, le constat est le même. Pas de clubs, pas de moyens, les jeunes footballeurs se nourrissent d’espoir pendant que l’âge avance. « Tu vois, cher frère, moi je suis venu ici en 2008, dans l’espoir d’avoir un meilleur club que celui dans lequel je jouais au Sénégal. Mais, depuis tout ce temps, rien. Rien de rien, je te dis ! », se désole Niane Boubakar, d’origine sénégalaise.

Chaque après-midi, en été comme en hiver, plusieurs footballeurs perdus dans cette aventure, se retrouvent pour une partie de foot sur un terrain sablonneux qu’ils se partagent avec les animaux qui y viennent pour se soulager. Il y en a, comme Nane, qui rêvaient de meilleurs clubs et qui se retrouvent dans la pire des situations. Par moments, nous avons dû donner des billets de 50 Dirhams marocains (approximativement 3000 FCFA) à certains pour leur permettre de s’acheter de quoi grignoter.

Malgré tout, ils gardent espoir

Au stade El Béchir situé dans le quartier El Wafa de la même ville, un pasteur d’origine nigériane a eu l’ingénieuse idée de négocier avec les autorités de la ville pour avoir accès à une pelouse synthétique pour les entraînements d’une équipe qu’il a mise sur place. Trois fois par semaine entre 07 heures et 09 heures du matin, ils sont nombreux, ces jeunes joueurs qui viennent profiter de la miséricorde de cet homme de Dieu pour maintenir leur forme sans avoir à débourser un sous. Là-bas, l’heure c’est l’heure. Il faut la respecter si l’on veut continuer à s’entraîner sur cette pelouse. Les entraînements y sont rudes mais assidus, donnant un tout petit espoir à ces férus de foot. Mais tout le temps qu’a duré notre investigation, l’équipe n’a participé qu’à un seul tournoi organisé au mois de juillet par les autorités sportives de la ville. A part cela, les matchs amicaux se font rares comme la lumière en enfer. Il faut tout de même féliciter le courage et la volonté de l’homme de Dieu qui, sans soutien extérieur, fait ce qu’il peut pour aider ces jeunes à vivre leur passion. « On n’est pas là pour nous amuser. Celui qui pense qu’il peut partir et revenir quand il veut et comme bon l’enchante, qu’il se détrompe. Je ne suis pas là pour jouer. Ce terrain, cette équipe, ne sont pas un passe-temps ». C’est un message qu’il a lancé après une séance d’entraînement à laquelle nous avons participée. Il est strict mais il permet au moins à certains, de toujours garder un brin d’espoir de voir un jour, leurs efforts récompensés. Car des joueurs, il y en a qui, à bout, ont décidé d’affronter la Méditerranée à bord d’embarcations de fortune. Elles sont désignées dans le jargon  d’ici, « Le Bozali ». Pendant notre investigation, il y en a qui ont tenté avec succès, cette traversée, quand d’autres qui, y ayant échoué, sont revenus à leur lieu de départ.

La méchanceté des dirigeants de clubs

Plusieurs autres footballeurs ont été victimes de dirigeants de clubs véreux qui leur ont fait signer des contrats sans toutefois respecter les clauses de ces contrats. Il y a des joueurs, qui, blessés pendant des matchs de championnats avec des clubs amateurs, ont été abandonnés à leur triste sort sans profiter du moindre soin ou même d’une quelconque assistance. Il y aussi ceux dont les primes de signatures n’ont jamais été reversées, ceux dont les arriérés de salaires se sont cumulés et qui lassent de mener les démarches administratives en vue de leur règlement, ont dû abandonner.

 

Les autorités subsahariennes et les familles sont interpelées

La volonté et l’espoir de réussir sont une obsession pour tous ces jeunes gens. Mais vivre seul, loin de la famille n’est pas chose aisée. Certains font croire à leurs parents que ça va mieux chez eux. Convaincus qu’avec le temps, le bonheur leur sourira. Or, en réalité, ils ont honte de mettre à nu la situation malheureuse dans laquelle ils se retrouvent. Ils ne veulent pas non plus, inquiéter les parents dont certains ont fondé tout leur espoir sur leur réussite. Pourtant, la situation nécessite que quelque chose soit fait. D’où la nécessité que les parents, dans un premiers temps, se penchent véritablement sur le cas de leurs enfants footballeurs résidant au Maroc. Qu’ils prennent incessamment, des nouvelles d’eux. Au besoin, pour ceux qui ont des moyens, qu’ils se déplacent sur les lieux pour un constat avisé. En ce qui concerne les autorités, il est inévitable que les différentes ambassades subsahariennes au Maroc, agissent en faveur de ces jeunes qui se battent, certes pour eux, mais aussi et surtout, pour l’image de leurs différentes nations. Car, nous le savons tous, quand un footballeur brille même dans la contrée la plus reculée de la planète, c’est d’abord son pays qui est honoré et respecté. Les responsables du football africain, quant à eux, devraient favoriser l’intégration des footballeurs aventuriers en pensant à leur octroyer des facilités d’adhésion aux clubs et en veillant au respect de leurs droits. Les autorités de notre pays, plus particulièrement celles du Grand-Ouest sont aussi interpelées, car, à l’instar des Didier Drogba, Franck Kessié et autres, plusieurs fils du Grand-Ouest, sont comptés au nombre de ces jeunes en souffrance dans le Nord de l’Afrique.

Elvis Ouffoue

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