LE GLAÉ (PREMIÈRE PARTIE) Kwi et Glaé, les mêmes fonctions, mais…

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L’institution du masque est présente dans de très nombreuses sociétés de l’Afrique subsaharienne. Elle suscite – ou inspire – depuis plus d’un siècle, une abondante littérature. Une investigation de synthèse, assortie d’une tentative de typologie, lui est consacrée dès la fin du XIXe siècle. Son auteur : le tout jeune Leo Frobenius, qui, à partir de données accessibles sur le sujet dans les publications universitaires, les relations de voyage, les rapports ou correspondances de missionnaires, mais aussi à partir d’une étude systématique réalisée par lui-même sur un échantillon de quelque 150 masques originaires du continent africain et répartis dans une vingtaine de musées d’Europe, publie en 1898 un ouvrage intitulé Les masques et les sociétés secrètes d’Afrique. D’autres ethnologues s’intéressent à l’institution tout au long du XXe siècle, mais, cette fois-ci, à travers de véritables enquêtes de terrain. Nous avons tous en mémoire le très beau travail de Marcel Griaule – pour ne citer que lui -sur les Masques dogons. Le masque est fortement présent également, dans la seconde moitié du XXe siècle, dans l’œuvre poétique d’écrivains africains tels que Léopold S. Senghor ou Francis Bebey. De multiples publications traitent enfin, et ce depuis le début du XXe siècle, de la dimension artistique de l’institution, sous la plume d’historiens de l’art, de conservateurs de musée, voire de collectionneurs… Fonction et forme sont, en fait, indissociables dans la représentation matérielle donnée au masque africain. Les Wê, qui constituent l’une des multiples ethnies du groupe culturel krou, à cheval sur la frontière éburnéo-libérienne, sont implantés dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire. Ils forment une société de type patrilignager, sans pouvoir politique central et dans laquelle, à l’époque précoloniale, l’unité de résidence -le village – s’identifiait en règle générale à l’unité familiale. Dans la littérature antérieure à la décennie 1980, ils apparaissent plus couramment sous les appellations de Guéré et de Wobé, par lesquelles le colonisateur avait respectivement – et tout à fait incorrectement – désigné les Wè du Sud et les Wè du Nord au début du XXe siècle. L’institution du masque, Glaè, est une composante importante de leur système lignager de régulation de l’ordre social. Elle n’est toutefois pas présente dans la totalité des lignages Wê, dont certains ont recours à une autre institution, aux fonctions grosso modo comparables, Kwi (que les Wè traduisent par génie). Glaè et Kwi ne peuvent, en fait, coexister au sein d’une même entité lignagère, une incompatibilité totale étant de mise entre les deux – ce qui n’a pas été sans poser de très grosses difficultés lorsque l’administration coloniale, puis postcoloniale, a tenté de regrouper les multiples lignages disséminés dans l’espace en des entités résidentielles à la fois plus fonctionnelles et (surtout) mieux « contrôlables » au bord des voies routières nouvellement créées, les lignages à Glaè n’étant pas très disposés à entrer en cohabitation avec les lignages à Kwi et réciproquement.

In GNONSOA Angèle, “Le masque au cœur de la société wè”. Abidjan, Frat Mat Éditions, 2007, page 135

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