Cacophonie dans la chefferie Wê. Qui est vraiment le chef ?

0
264

Aujourd’hui, une guerre de tranchée  bat son plein dans le milieu de la chefferie Wê. Des personnalités et leurs soutien sont sont à couteaux tirés pour obtenir le statut de chef suprême des Wê de Côte d’Ivoire. Qui sont-ils ? Que se passe-t-il vraiment? Nous avons fait une incursion dans les milieux de la noblesse Wê pour comprendre.

Oui, c’est le cas de le dire. Une véritable cacophonie règne dans le milieu de la Chefferie Wê. Les populations Wê du Cavally et celles du Guémon mais aussi leurs ressortissants de la diaspora ne savent pas actuellement qui est leur première autorité traditionnelle. Dans une interview qu’il a accordée au journal ‘’ Les Echos du Grand Ouest ‘’ dans sa livraison de Juin 2018, le Chef Toubo Taho, bien connu des autorités pour être régulièrement invité à de nombreuses cérémonies officielles, a affirmé sans détour qu’il est le chef suprême de Wê en ces termes : « le pouvoir du roi est ancestral. Le peuple Wê  avait fait de mon grand-père le roi. On l’appelait Toubo. Aujourd’hui arrière-petit-fils de celui-ci, les ancêtres m’ont donné leurs bénédictions et les attributs pour régner sur toute la communauté Wê ». Ces propos ont suscité beaucoup de réactions très hostiles dans la communauté Wê. Pourtant une source nous a permis d’avoir accès à un Récépissé de Déclaration d’Association  n° 255/ DT/DGAT/DAG/SDVA dument signé par le Ministre de l’Intérieur d’alors. Dans ce document,  le chef Toubo Taho est reconnu depuis 2009 comme Chef Central désigné par ses paires pour conduire le Collectif des Chefs Traditionnels Wê d’Abidjan de Côte d’Ivoire (C.CT.WE.A.CI). Les missions de ce collectif sont entre autres la promotion de la cohésion sociale, la restauration des cases des masques détruites ou profanées pendant la crise, la sensibilisation au VIH/SIDA,  la lutte contre l’insalubrité à l’ouest, etc. Ces missions, on le voit, visent à soulager un peuple Wê  durement frappé par la crise de 2002.  Le Chef Central des Wê d’Abidjan, avec son bâton de pèlerin a donc effectué diverses missions dans les communes d’Abidjan et à l’intérieur du pays. Il a priorisé dans sa mission  le  rassemblement des différents chefs Wê. Avec sa délégation, il parcourt les deux régions Wê pour prôner la cohésion sociale. Il sort même du pays le 23 Aout 2008 pour la Libye sur invitation du Président Kadhafi. C’est certainement ses actions en faveur de paix et de la cohésion sociale qui lui ont permis de réceptionner un don  de l’ex-ONUCI comprenant deux véhicules et divers autres matériels pour plus d’efficacité dans ses activités.  Aussi depuis quelques mois, un autre camp conduit par le chef Joseph Doh Blanchard  entreprend plusieurs actions pour se faire connaitre et reconnaitre en tant le seul vrai chef soutenu d’ailleurs par des membres dissidents du bureau de Toubo Taho. Ces derniers reprocheraient à Toubo Taho sa gestion scabreuse de la chefferie. Des réunions seraient tenues régulièrement et des procès-verbaux auraient été déposés auprès du Préfet de Police de la commune de Yopougon et  auprès du Ministère de l’Intérieur par le camp Doh Blanchard. Le but étant évidemment de dévoiler aux autorités la prétendue imposture du chef Toubo.  Mais jusqu’ici ce projet semble ne pas aboutir.

Il faut dire que Joseph Doh Blanchard est fonctionnaire des douanes ivoiriennes à la retraite et se présente aussi comme le Chef de Province de la région du Guémon. Il serait le précurseur de la gestion moderne de la chefferie Wê. Il faut noter aussi qu’il attend d’être intronisé dans ses fonctions de chef de province de la région du Guémon depuis des années. A notre question de savoir ce qu’il pense du Chef Toubo Taho Maurice, le Chef Doh Blanchard lâche :«  il n’est pas le chef suprême des Wê. Il se fait passer pour un chef. En réalité, il gère un club d’amis. Toubo n’est qu’un profiteur, un chef sans domicile fixe qui doit être poursuivi pour atteinte à la notoriété du peuple Wê». Par ailleurs, une réunion des Chefs s’est tenue le 01 septembre 2018 à la riviera 2 dans la commune de Cocody, pour analyser les textes organisant la chefferie suprême des Wè de Côte d’Ivoire. Cette rencontre s’est achevée par la désignation de Joseph Doh Blanchard. Voici ce qu’il nous confia à la fin de cette rencontre : « Cette réunion, c’est l’assemblée générale constitutive de notre union des Wê. L’union comprend tous les Wê, c’est-à-dire le peuple du Guémon, du Cavally et leur Diaspora. Cette Assemblée s’est soldée par la désignation du Chef Suprême des Wê que je suis. J’ai donc été investi chef suprême des Wê.».  Selon lui, il est au travail depuis 2008 pour le mieux-être des siens.  Enfin, une autre troisième personnalité dans le milieu de la chefferie est aussi vue comme chef suprême des Wê. Il s’agit de sa Majesté Guehi Vléhi Vincent. Basé à Duekoué, la capitale de la région du Guémon, sa Majesté Guehi est le Chef canton Central de la localité. Il est aussi le Président du Directoire des Rois et Chefs traditionnels du Guémon. C’est l’unique personnalité traditionnelle Wê régulièrement inscrite dans le registre des Rois et chefs traditionnels de de l’Etat de Côte d’Ivoire. Il connait bien deux protagonistes, le chef Toubo Taho et le chef Joseph Doh Blanchard.  Mais sa Majesté Vléhi Vincent refuse de rentrer dans ce débat même si pour certaines personnes, il serait le chef suprême idéal des Wê. N’empêche la crise et l’impasse de cette situation de plus en plus délétère doit se régler. S’il faut saluer l’initiative de vouloir fédérer le peuple Wê en une seule chefferie garante de son patrimoine culturel et de sa représentation dans les plus grandes instances, ces guéguerres sont autant à proscrire. L’ensemble des chefs doivent pour l’issue la meilleure.  Car enfin de compte n’est-ce pas l’image du peuple Wê qui en pâtit ?

Paul Konan

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez entrer votre commentaire!
Veuillez entrer votre nom ici